Spontanément, je te déteste …

Il y a des moments dans la vie où on a besoin de laisser passer la vapeur des émotions, de délester la colère, les sensations  négatives, le stress, la pression … Lorsque ce sont des émotions profondes, difficiles à affronter et à décortiquer, lorsqu’elle provient de maux qui nous gênent et nous possèdent, lorsque ce sont des troubles profonds de l’âme qui nous font mal et qu’on connaît mal, on manque souvent de ressources pour gérer le problème correctement et avec justesse.  Dans ces moments, dans cet état affaibli émotivement, la capacité et le discernement de gérer sainement ses émotions manquent à l’appel. On dévie alors le flot bouillant des émotions vers un sujet pratique, facile d’accès et aisément manipulable. On choisit une cible sur laquelle on fait du transfert. Et les valves s’ouvrent !

“Et soudainement, je le déteste tellement …” et la rivière des émotions devient un torrent… Et on ne tarit pas de mots pour décrire tout le dédain qu’on ressent pour cette victime spontanée, combien on la trouve imbuvable, combien elle ne nous “mérite pas”  (je viens de voir passer ça dans un facebook, génial)…  On va un peu mieux après le délire, mais ça nous prend au moins deux heures ou plus par jour de nos forces émotives pour la détester,  la démolir, et c’est pas encore assez … ça ne soulage pas vraiment, mais ça dévie la souffrance ailleurs. Et c’est le but de l’affaire, non ? Faute de mieux…

Mais attention, la victime est souvent choisie, elle a un lien avec notre souffrance, on choisit parfois cette victime parce qu’elle permet de rejoindre indirectement celui ou celle qui détient la solution. Pas si aléatoire, la victime …

Il m’est arrivé de vouloir à tout prix quelque chose et de ne pas réussir à le demander, à le négocier, à avouer mon besoin tout simplement… parce que c’était un besoin d’enfant blessé, les pires, ceux qu’on n’est pas capable d’identifier sans cheminer longuement à travers ses enfers personnels …  Et comme je n’avais pas encore fait face à certains de ces démons à ce moment, eh bien, en personne pratique,  j’ai trouvé dans cette période une solution, une cible parfaite, une personne sur laquelle je pouvais taper aus sens symbolique du terme (même si ça fait au moins aussi mal qu’une bonne claque).  Elle était facile à attaquer, et surtout, détentrice d’une chose que je voulais et que je ne voulais pas demander, et je fais référence à nouveau à ce bobo inavouable qui me tordait les boyaux. Je l’avais chosisie parce qu’elle avait bénéficié de ce qui me manquait, c’est ce que je croyais à ce moment, ça me suffisait. 

L’intelligence dans tout ça ? Si je ne l’avais pas tant détestée, j’aurais dirigé cet afflux bilieux sur moi.

Vous comprenez donc que dans ces situations, on déteste facilement pour les mauvais motifs. C’est pas facile de s’avouer à soi-même ses besoins de base, à les exprimer à la personne qui pourra y répondre, à demander  sainement, à recevoir et à pardonner aussi.

Je détesterai ainsi cette tierce partie parce que j’ai des difficultés majeures avec mon conjoint, parce que ma mère a négligé l’enfant que j’étais au profit d’un autre membre de la famille, parce que j’ai besoin d’être rassuré sur ma valeur personnelle ou parce que j’ai des insuccès professionnels … toutes des murailles qui semblent impossibles à franchir.

Alors, quand je déteste profondément quelqu’un  de façon spontanée et compulsive, je peux aller consulter ou encore regarder de haut la situation, essayer de trouver la carence d’enfant blessé qui me torture. J’ai tout à gagner, la paix n’a pas de prix, sans compter les dégâts qu’il faut ramasser après…

S’écouter, se sentir, c’est important. C’est notre santé globale qui est en jeu et ça vaut la peine d’écouter ces tempêtes en soi. Les émotions sont des signaux et la colère surtout, est une messagère de premier plan qui indique que nous manquons de quelque chose et que c’est important d’y voir. 

Le soleil vient toujours après  l’orage… et la paix de l’âme n’a pas de prix !

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